Le sacrifice grec Bxh7+

Le sacrifice classique du fou en h7 contre le petit roque adverse, suivi de Cg5+ et Dh5. Conditions de succès, lignes principales, défenses possibles.

Le sacrifice grec en h7 (chez les Blancs ; h2 chez les Noirs) est l’attaque la plus connue contre le petit roque. Vous donnez votre fou de cases blanches contre le pion h7, ce qui force le roi noir à sortir de son abri. La dame et le cavalier blancs envahissent ensuite, et le mat tombe en quatre à six coups si la position s’y prête. Quand elle marche, l’attaque est imparable. Quand elle ne marche pas, vous perdez un fou pour rien.

En bref. Position type : roi noir roqué petit en g8, pion h7 défendu uniquement par le roi. Vous jouez Fxh7+. Si Rxh7, vous enchaînez Cg5+ qui menace mat sur h7 par la dame. Le roi recule en h6 ou g8, et la dame entre en h5 (ou h4) avec menace décisive. Le sacrifice gagne dans environ 60 % des configurations standard, mais la défense varie selon la position exacte des pièces noires.

Définition

Le sacrifice grec porte ce nom parce qu’il a été décrit pour la première fois par Greco (Gioachino Greco, joueur italien du XVIIᵉ siècle) dans ses analyses. La séquence canonique est :

1. Fxh7+ Rxh7 2. Cg5+ Rg6 (ou Rg8 ou Rh6) 3. Dh5+ ...

Le sacrifice fonctionne parce qu’il transforme un pion h7 faiblement défendu en une porte ouverte vers le roi adverse. Une fois le roi en h7 ou h6, il est exposé à toutes les pièces lourdes blanches.

Position typique de sacrifice grec : fou blanc en c4, roi noir en g8, cavalier blanc en f3 prêt à sauter en g5. Si toutes les conditions sont réunies, Fxh7+ commence l'attaque.

Les conditions de succès

Trois conditions doivent être réunies pour que le sacrifice grec gagne.

Le pion h7 ne doit être défendu que par le roi. Si un cavalier en f6 défend aussi h7, ou si un fou en g7 contrôle la diagonale, le sacrifice perd un fou pour rien.

La dame blanche doit pouvoir aller en h5. Le coup Dh5+ est presque toujours le coup-clé après Cg5+. Si la dame est encore en d1 mais que la diagonale d1-h5 est libre, le sacrifice marche. Si la dame est bloquée ou ne peut pas atteindre h5 rapidement, le sacrifice échoue.

Le cavalier blanc doit être en f3 (ou une case proche). Le cavalier doit pouvoir sauter en g5 immédiatement après Fxh7+. Si le cavalier est ailleurs, l’attaque rate.

Trois autres facteurs modulent le succès :

La présence ou l’absence du fou-roi noir. S’il est en e7, il peut revenir défendre. S’il est en b4 ou c5, il ne peut pas aider à temps.

La position de la dame noire. Si elle peut intervenir en e7 ou d8, la défense devient possible. Si elle est éloignée, l’attaque file.

Le pion noir en g6. Si Noir a poussé g6 préventivement, le sacrifice grec ne fonctionne plus : le pion g6 défend h7 indirectement et empêche le saut du cavalier.

La séquence canonique

La séquence type, à connaître par cœur :

1. Fxh7+ Rxh7 2. Cg5+ Rg6 3. Dh5+ Rf6 4. Df7+ Rxg5 5. h4+ Rg4 6. Dxg7 ...

À chaque coup blanc, le roi noir n’a presque pas de choix. La séquence finit par mat ou par gain de matériel décisif. Les Noirs peuvent dévier au coup 2 ou 3 (Rg8, Rh6), mais chaque variante mène à un avantage blanc.

Comment s’en défendre

Si vous êtes le côté noir et que vous voulez éviter le sacrifice grec, trois précautions.

Empêcher la diagonale du fou en c4 ou b3. Pousser c5 ou c6 ferme la diagonale du fou-roi blanc. Sans diagonale active, pas de sacrifice.

Garder un cavalier en f6. Le cavalier en f6 défend h7 et empêche le sacrifice. Tant qu’il reste en place, l’attaque ne peut pas se lancer.

Pousser g6 préventivement. Coup défensif fréquent dans les positions à risque. Il bloque le saut du cavalier en g5 et solidifie la défense.

Exemples célèbres

Lasker-Bauer, Amsterdam 1889. Emanuel Lasker exécute un double sacrifice de fou (Fxh7+ puis Fxg7+) contre le roi noir. Le mat tombe en huit coups. Cette partie est citée dans tous les manuels d’attaque du roi.

Tal contre divers adversaires. Mikhaïl Tal a joué le sacrifice grec à plusieurs reprises dans les années 1960. Sa version typique sacrifice non seulement le fou mais aussi le cavalier ou la tour pour finir l’attaque. Beaucoup de ces parties sont devenues des références théoriques.

Pour aller plus loin

Le sacrifice grec est lié à l’attaque sur le roque court et au sacrifice positionnel. Pour les autres sacrifices spectaculaires, voir sacrifice de dame et sacrifice de tour. Le glossaire des échecs couvre les concepts liés.