Le gambit Smith-Morra
1.e4 c5 2.d4 cxd4 3.c3. Sacrifice de pion pour ouvrir l'attaque. Anti-sicilienne tactique. Très efficace en parties amateurs et rapides.
Deux noms pour un seul gambit. Pierre Morra, le maître français, l’a popularisé en France dans les années 1940. Ken Smith, le joueur texan, l’a porté au niveau supérieur aux États-Unis dans les années 1970. Au deuxième coup, Blanc fait un choix radical : d4 immédiat, sans Cf3, puis sacrifice par c3. Un pion contre quoi ? Contre du temps. Blanc obtient deux pièces développées avant que Noir ne joue son cinquième coup, une colonne d ouverte, et l’initiative. Sur un échiquier où les amateurs ne mémorisent pas vingt coups de défense, c’est souvent suffisant pour gagner.
En bref. Blanc sacrifie son pion par 2.d4 cxd4 3.c3 dxc3 4.Cxc3. En échange, Blanc obtient un avantage de développement (deux pièces déjà jouées), une colonne d ouverte, et l’initiative immédiate. Si Noir accepte le pion, il doit défendre prudemment. Si Noir refuse (3…d3, 3…e6, ou 3…Cf6), la position devient plus calme mais sans grand gain pour Noir. Variante très efficace en parties amateurs.
La compensation pour le pion
Trois éléments compensent le sacrifice.
Avantage de développement. Blanc a déjà joué Cc3. Avec Cf3 et Bc4 à venir, Blanc développera trois pièces avant que Noir ne joue son cinquième coup.
Colonne d ouverte. La colonne d est désormais semi-ouverte. La tour blanche en d1 (après le roque) descendra cette colonne et menacera des pièces noires.
Pression sur f7. Avec Bc4, le fou attaque immédiatement le pion f7. Si Noir se développe lentement, plusieurs schémas tactiques se présentent.
Les défenses noires
Trois choix possibles pour Noir.
Accepter le pion (3...dxc3). La voie la plus dangereuse. Noir doit défendre prudemment. Plan : développer rapidement, échanger les pièces actives blanches, atteindre la finale avec un pion en plus.
Refuser le pion (3...Cf6). Si Noir attaque le pion e4 plutôt que de capturer, Blanc doit défendre. Position plus calme.
Refuser par contre-pousse (3...d5). Noir contre par un sacrifice symétrique. Position très ouverte.
Au plus haut niveau, l’acceptation du pion est jugée la meilleure défense, à condition de connaître la théorie défensive.
Le plan blanc après l’acceptation
Trois axes typiques.
Développement complet. Cc3, Cf3, Bc4, O-O, De2, Td1 en huit à dix coups.
Pression centrale. Avec e5 au bon moment, Blanc ouvre la diagonale du fou en c4 et attaque les pions noirs.
Sacrifice de pièce. Dans plusieurs lignes, Blanc peut sacrifier un cavalier sur d5 ou e5 pour ouvrir l’attaque sur le roi noir.
Le Smith-Morra dans le répertoire moderne
Au plus haut niveau, le Smith-Morra est rare. La théorie tient que Noir peut tenir et conserver son pion s’il joue avec précision.
En compétition amateur et en parties rapides, le Smith-Morra reste très efficace. La complexité tactique des positions résultantes favorise le camp préparé. Plusieurs joueurs amateurs jouent uniquement le Smith-Morra contre la sicilienne et obtiennent d’excellents résultats.
Pour qui jouer le Smith-Morra (Blanc)
Trois profils.
Si vous aimez les positions tactiques avec attaque immédiate, le Smith-Morra vous comblera. C’est l’une des anti-siciliennes les plus offensives.
Si vous jouez en compétition rapide ou en blitz, le Smith-Morra est très efficace. Vos adversaires devront calculer en temps limité.
Si vous êtes débutant, le Smith-Morra demande une compréhension tactique correcte. Préférez l’Alapin ou la Rossolimo pour commencer.
Pour aller plus loin
Le Smith-Morra complète les autres anti-siciliens : Alapin (2.c3), Grand-Prix (2.Cc3 puis f4), Rossolimo (3.Bb5+). Pour la sicilienne ouverte, voir classique, Najdorf. Le glossaire des échecs couvre les concepts liés.