Défense sicilienne

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La sicilienne est la réponse la plus jouée à 1.e4 dans toutes les bases modernes, et la raison tient à 1…c5. Au lieu de répondre symétriquement à l’avance du pion-roi, Noir attaque obliquement, accepte de céder le centre, et pose les bases d’un contre-jeu sur l’aile dame. Polerio l’analyse au XVIᵉ siècle, mais c’est au XXᵉ qu’elle s’impose : Fischer la joue presque exclusivement dans les années 1960, Kasparov en fait son arme principale, et la moitié des parties de top niveau aujourd’hui passent par cette case.

La voie principale, qu’on appelle l’open sicilian, commence par 2.Cf3 puis 3.d4 cxd4 4.Cxd4. À ce point, le choix du sixième coup noir distribue les rôles. Avec 5…a6, on entre dans la Najdorf ; Fischer la jouait quasi exclusivement, Kasparov en a fait son répertoire de toute une vie, et aucun système d’ouverture n’a été soumis à autant de scrutin théorique. Le coup 5…e5, longtemps tenu pour suspect, donne son nom à la Sveshnikov ; Carlsen et Caruana en ont fait l’épine dorsale de leurs répertoires noirs depuis 2010. Sur 5…g6, le Dragon prépare un fianchetto agressif et débouche sur les attaques mutuelles les plus violentes du répertoire. La classique (4…Cf6 5.Cc3 d6) reste la matrice canonique, souvent transposable vers la Najdorf ou la Scheveningen.

Les variantes en e6 forment une seconde famille, plus discrète mais aussi profonde. La Scheveningen avance e6 et d6 pour fortifier la case d5, la Kan joue a6 sans cavalier en c6 et garde toute la flexibilité, la Taimanov sort le cavalier en c6 plus tôt et vise un développement rapide. Plus calmes que la Najdorf, ces trois cousines forment l’ossature des répertoires solides à 2300+ Elo.

Face à ce massif théorique, les Blancs disposent de plusieurs anti-siciliennes pour esquiver l’open sicilian. L’Alapin (2.c3) prépare 3.d4 sans concéder le centre, choix sobre apprécié des joueurs positionnels. La Rossolimo fait sortir le fou en b5 pour mettre le cavalier sous pression : c’est l’esprit du Ruy López appliqué à la sicilienne, et c’est devenu l’une des armes les plus redoutées au plus haut niveau. Le gambit Smith-Morra, avec ses 2.d4 cxd4 3.c3, propose carrément un pion en échange d’une attaque rapide ; mauvaise idée contre un grand-maître, redoutable au club si Noir n’a pas révisé ses lignes. Quant à l’attaque Grand Prix, elle prépare f4 pour basculer la bataille du côté roi, en évitant entièrement les schémas centraux de l’open sicilian.

Les codes ECO B20 à B99 couvrent l’ensemble. Aucune autre famille n’occupe autant de place dans la théorie moderne.