Partie espagnole (Ruy López)
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5. L'ouverture la plus jouée au plus haut niveau depuis cent ans. Cinq variantes structurantes : Berlin, Marshall, ouverte, échange, fermée.
Le Ruy López a été publié en 1561 par le prêtre andalou qui lui prête son nom, et il n’a jamais cessé d’être à la mode depuis. Depuis Steinitz, tous les champions du monde l’ont jouée des deux côtés. La pression sur le cavalier en c6, défenseur du pion e5, est l’idée maîtresse : tant que les Noirs n’ont pas neutralisé cette menace, ils ne peuvent pas développer normalement.
La structure des grandes variantes se décide entre les coups 3 et 5. Avec 3…a6 4.Fxc6, Blanc bascule immédiatement dans une finale stratégique aux pions noirs doublés ; on échange le fou contre le cavalier pour viser un endgame supérieur. Sans 3…a6, Noir peut directement opter pour la Berlin (3…Cf6), arme défensive de Kramnik en 2000 contre Kasparov, qui mène souvent à un milieu de jeu où la dame disparaît dès les premiers coups. Les autres réponses passent par 3…a6 4.Fa4, le fameux retrait du fou-roi qui ouvre tout l’éventail des classiques.
Sur cette ligne principale s’enchaînent trois familles. La fermée reste la matrice canonique : roque blanc, c3 et d4, manœuvre du cavalier par d2-f1-g3, attaque progressive de l’aile-roi. La Marshall (8…d5) s’y greffe comme un orage théorique : Noir sacrifie un pion pour attaquer le roque blanc, et la défense exige une mémoire considérable. L’espagnole ouverte (5…Cxe4) prend franchement le pion central et accepte une position déséquilibrée, plus tactique, qu’Anand a illustrée à plusieurs reprises dans les années 1990.
Les codes ECO C60 à C99 couvrent l’ensemble. C’est l’ouverture la plus profondément analysée de l’histoire des échecs.