Comprendre les formats PGN et FEN
Les deux formats standards pour échanger des parties et positions d'échecs : PGN (séquence de coups) et FEN (position fixe). Structure, syntaxe, exemples et conversion.
PGN et FEN, ce sont les deux formats que tout le monde utilise pour s’échanger des données d’échecs. Le PGN (Portable Game Notation) décrit une partie complète : la séquence de coups, plus quelques métadonnées (joueurs, tournoi, date, résultat). Le FEN (Forsyth-Edwards Notation) décrit une position figée : où sont les pièces à un instant T, qui a le trait, quels roques restent dispos. Tous les outils sérieux (Lichess, chess.com, Stockfish, Chessbase) lisent et écrivent ces deux formats sans exception. Les comprendre, c’est pouvoir importer une partie venue de n’importe où, et exporter votre travail vers n’importe quelle autre plateforme sans rien perdre.
En bref. Le PGN décrit une partie :
[Event "..."] [Date "..."] [White "..."] [Black "..."] 1.e4 e5 2.Nf3 Nc6 .... Le FEN décrit une position :rnbqkbnr/pppppppp/8/8/8/8/PPPPPPPP/RNBQKBNR w KQkq - 0 1. Les deux formats sont en texte brut, lisibles par tous les logiciels d’échecs. La conversion PGN→FEN est triviale : on rejoue les coups depuis la position de départ. La conversion inverse FEN→PGN est généralement impossible parce qu’on ne sait pas comment on est arrivé à la position.
Le format PGN
Le PGN (Portable Game Notation) a été standardisé en 1994 par Steven J. Edwards, à une époque où chaque logiciel inventait son propre format. C’est aujourd’hui le format universel d’échange de parties, point.
Structure générale. Un fichier PGN contient une ou plusieurs parties. Chaque partie commence par des tags (métadonnées entre crochets), suivis des coups en notation algébrique anglaise, et se termine par le résultat (1-0, 0-1, 1/2-1/2, ou * quand la partie n’est pas finie).
Exemple complet :
[Event "Wijk aan Zee 1999"]
[Site "Wijk aan Zee NED"]
[Date "1999.01.20"]
[Round "4"]
[White "Kasparov, Garry"]
[Black "Topalov, Veselin"]
[Result "1-0"]
[ECO "B07"]
1.e4 d6 2.d4 Nf6 3.Nc3 g6 4.Be3 Bg7 5.Qd2 c6
6.f3 b5 7.Nge2 Nbd7 8.Bh6 Bxh6 9.Qxh6 Bb7 10.a3 e5
... 1-0
Les sept tags obligatoires (Seven Tag Roster). Pour qu’un fichier PGN soit considéré comme valide par le standard, il faut sept tags : Event, Site, Date, Round, White, Black, Result. Tout le reste est facultatif (ECO, ELO des joueurs, FEN initiale, etc.).
Les variantes. Le PGN gère les variantes entre parenthèses : 1.e4 e5 (1...c5 2.Nf3 d6) 2.Nf3. On peut imbriquer à plusieurs niveaux. Les commentaires viennent entre accolades : 1.e4 {bonne ouverture} e5.
Les NAGs (Numeric Annotation Glyphs). Les fameux symboles : ! (bon coup), ? (mauvais), !! (excellent), ?? (gaffe), !? (intéressant), ?! (douteux). Plus rarement, on croise +/- (Blanc gagne), -/+ (Noir gagne), = (égalité).
Le format FEN
Le FEN (Forsyth-Edwards Notation) tient sur une seule ligne de texte et décrit n’importe quelle position d’échecs. Il a été standardisé dans les années 1990 par Edwards (le même que pour le PGN), à partir d’une notation que David Forsyth avait inventée au XIXᵉ siècle pour publier ses problèmes dans la presse écossaise.
Structure. Six champs séparés par des espaces :
- La position des pièces (8 rangées séparées par
/, de la 8ᵉ à la 1ʳᵉ rangée, attention au sens) - Le trait :
wpour Blanc,bpour Noir - Les droits de roque :
KQkq(tout dispo),-(rien) - La case en passant :
e3ou- - Le compteur de demi-coups depuis le dernier pion poussé ou capture (sert pour la règle des 50 coups)
- Le compteur de coups complet, incrémenté après chaque coup noir
Position de départ :
rnbqkbnr/pppppppp/8/8/8/8/PPPPPPPP/RNBQKBNR w KQkq - 0 1
Décomposition :
rnbqkbnr: 8ᵉ rangée (noire), avec rook, knight, bishop, queen, king, bishop, knight, rookpppppppp: 7ᵉ rangée (pions noirs)8/8/8/8: 4 rangées videsPPPPPPPP: 2ᵉ rangée (pions blancs, majuscules)RNBQKBNR: 1ʳᵉ rangée (blanche)w KQkq - 0 1: trait blanc, tous roques disponibles, pas de case en passant, début de partie
Notation des pièces. En FEN comme en PGN, on utilise la notation anglaise : K (king), Q (queen), R (rook), B (bishop), N (knight), P (pawn). Les majuscules sont les pièces blanches, les minuscules les noires. Les nombres représentent des cases vides successives sur une rangée.
Conversion PGN → FEN
Pas compliqué : on rejoue les coups du PGN depuis la position de départ jusqu’au coup voulu, et on lit la FEN. Tous les logiciels d’échecs font ça à la volée.
Outils standards :
- Lichess : importer un PGN, cliquer sur le coup ciblé, lire la FEN dans la barre d’URL ou via l’option « Position FEN ».
- Chess.com : analyse de partie, puis bouton d’export FEN à n’importe quel coup.
- Python avec la bibliothèque
python-chess:board.fen()après avoir rejoué les coups (deux lignes de code). - Stockfish : commande UCI
position fen ...ouposition startpos moves ....
Conversion FEN → PGN (impossible en général)
L’inverse, c’est une autre histoire. Le FEN ne dit pas par quel chemin on est arrivé à la position. Et plusieurs séquences peuvent mener à la même FEN (interversions, etc.).
Exception : si vous avez à la fois la FEN finale et la liste des coups depuis le début, le PGN se reconstruit en deux secondes.
Cas pratique : pour publier une position avec son contexte, conservez toujours le PGN complet. La FEN seule, c’est une photo sans album.
Erreurs courantes
Confusion notation française/anglaise. Le PGN standard, c’est N, B, R, Q, K. Pas C, F, T, D, R. Si vous écrivez une partie en français, il faut convertir avant export, sinon les outils refusent ou plantent.
Oubli des champs FEN. Une FEN à 4 champs (sans halfmove ni fullmove) reste lisible par la plupart des moteurs, mais le contexte (règle des 50 coups, numéro de coup) est perdu. Évitez.
Mauvais ordre des rangées. Le FEN commence par la 8ᵉ rangée (noire), pas par la 1ʳᵉ. C’est l’erreur de débutant numéro un, et elle revient même chez des joueurs expérimentés qui codent leur premier outil maison.
Caractères spéciaux dans les noms. Les accents (é, à, ç) cassent encore l’import dans certaines applications anciennes. Encodage UTF-8 obligatoire, et test d’import avant toute publication large.
Pour aller plus loin
PGN et FEN sont la base de tous les outils échiquéens. Pour la notation algébrique elle-même, voir notation algébrique. Pour des plateformes qui acceptent ces formats, voir plateformes en ligne. Le glossaire des échecs couvre les termes liés.