La notation algébrique

Comment noter une partie d'échecs en notation algébrique française : repérage des cases, lettres des pièces, captures, échec et mat, coups spéciaux et symboles d'analyse.

La notation algébrique est le système universel pour écrire les coups d’une partie d’échecs. Elle remplace l’ancienne notation descriptive depuis les années 1980. Apprenez-la une fois, et vous lirez n’importe quel livre, base de données ou article de théorie publié dans le monde.

En bref. Chaque case porte un nom unique, formé d’une lettre (colonne) et d’un chiffre (rangée). Chaque pièce porte une initiale en majuscule (R, D, T, F, C en français). On écrit la pièce suivie de la case d’arrivée. Une capture est notée x, un échec +, un mat #. Les coups spéciaux ont leurs symboles : O-O pour le roque, e.p. pour la prise en passant, =D pour la promotion.

Pourquoi noter une partie

Trois raisons rendent la notation indispensable. La première est l’analyse : revoir une partie sans la noter, c’est comme essayer de débugger un programme sans le code source. Les erreurs de mémoire effacent justement les coups qui ont décidé du résultat.

La deuxième est le partage : pouvoir transmettre une partie à un ami, à un entraîneur, à un moteur d’analyse, sans avoir à reproduire physiquement chaque position. Un fichier PGN de douze lignes contient une partie de 40 coups, joueurs et résultat compris.

La troisième est l’accès à la théorie : tous les livres d’échecs, depuis 1980, sont écrits en notation algébrique. Ne pas la maîtriser, c’est se couper de la totalité de la littérature publiée. Vous passez à côté de Nimzowitsch, Kotov, Dvoretsky, et de toutes les bases d’ouvertures modernes.

Le repérage des cases

L’échiquier est quadrillé en 64 cases. Les colonnes portent les lettres a à h, lues depuis la gauche du joueur Blanc. Les rangées portent les chiffres 1 à 8, en partant de la rangée la plus proche des Blancs. Pour nommer une case, on combine sa lettre de colonne et son chiffre de rangée, dans cet ordre : la lettre d’abord, le chiffre ensuite. Inverser donne quelque chose comme 4e qui ne veut rien dire en français comme en anglais.

Position de départ. La case e2 et la case e7 portent les pions qui ouvrent la partie le plus souvent.

Deux cases méritent un coup d’œil dès maintenant. e4 (et son symétrique e5), au centre, est la plus disputée de toute la partie : c’est là que les pions blancs vont souvent pousser leur premier coup. f7 côté noir, avec son symétrique f2 côté blanc, est la plus fragile en début de partie : seul le roi la défend, et beaucoup de pièges célèbres viennent y conclure.

Lettre des pièces en français

Chaque type de pièce porte une initiale en majuscule, dérivée de son nom français. Seul le pion n’a pas de lettre, il fait bande à part : on note juste sa case d’arrivée.

PièceInitialeExemple de coup
RoiRRf1 (le roi va en f1)
DameDDxd5 (la dame capture en d5)
TourTTae1 (la tour a va en e1)
FouFFb5 (le fou va en b5)
CavalierCCf3 (le cavalier va en f3)
Pionaucunee4 (le pion va en e4)

La notation anglaise utilise des lettres différentes (K, Q, R, B, N, le pion sans lettre). Vous croiserez les deux dans la pratique : les bases de données internationales sont souvent en notation anglaise, les livres français en notation française. Sur ce site, la convention est française et systématique. Le cavalier sera toujours C, jamais N.

Notation des coups simples

Le coup standard se note initiale de la pièce + case d’arrivée. Pour un pion, on omet l’initiale, on écrit juste la case d’arrivée. Voici les exemples les plus courants après le coup d’ouverture.

Position après 1.e4 e5. Les Blancs ont joué leur pion roi de e2 en e4, les Noirs ont répondu par e7-e5.

Pour les captures, on insère un x entre la pièce et la case d’arrivée. Cxe5 se lit « le cavalier capture en e5 ». Pour un pion qui capture, on précise la colonne de départ : exd5 veut dire « le pion de la colonne e capture en d5 ».

Trois symboles s’ajoutent à la fin du coup quand c’est nécessaire : + pour un échec, # pour un échec et mat, et plus rarement ++ pour un échec double (rare mais possible). Le coup Dxh7# se lit « la dame capture en h7 et donne mat ».

Coups spéciaux

Trois mouvements particuliers ont leur notation propre.

Le roque se note O-O pour le roque court (côté roi) et O-O-O pour le roque long (côté dame). Trois lettres O séparées par des tirets, jamais des chiffres zéro même si elles s’y ressemblent. Un roque qui donne échec se note O-O+.

La prise en passant se note comme une capture normale, avec parfois la mention e.p. après. Si un pion noir vient d’avancer de d7 à d5 et qu’un pion blanc en e5 le capture, on écrit exd6 e.p. (le pion blanc va en d6, sur la case que le pion noir vient de traverser).

La promotion se note avec = suivi de l’initiale de la pièce choisie. e8=D veut dire « le pion va en e8 et se transforme en dame ». La promotion en cavalier (=C) est rare mais existe ; on parle alors de sous-promotion.

Lever l’ambiguïté

Quand deux pièces du même type peuvent atteindre la même case, il faut préciser laquelle bouge. On insère alors la colonne de départ, ou la rangée, voire les deux si nécessaire.

Position après 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Cc3. Les deux cavaliers blancs (en c3 et f3) peuvent jouer Cd5. Pour l'écrire sans ambiguïté, on précisera Ccd5 ou Cfd5 selon le cavalier qui bouge.

La règle : on ajoute la colonne de départ si elle suffit (Ccd5 pour le cavalier de la colonne c). Si les deux pièces sont sur la même colonne, on ajoute la rangée (C1d5). Dans le cas extrêmement rare où ni la colonne ni la rangée ne suffisent, on précise les deux (Cc1-d5).

Les pions ont leur propre convention : pour une capture, on précise toujours la colonne de départ (exd5, cxd5), même quand il n’y a pas d’ambiguïté. C’est une habitude historique qu’on garde.

Symboles d’analyse

Les commentateurs ajoutent souvent des symboles après un coup pour donner leur évaluation. Les six plus courants :

SymboleSignification
!bon coup
!!excellent coup, souvent une combinaison
?erreur
??grosse erreur, gaffe
!?coup intéressant, plutôt bon mais risqué
?!coup douteux, plutôt mauvais

Ces symboles ont une part de subjectivité. Un ! chez Tartakower n’a pas le même poids qu’un ! dans une revue mensuelle. Mais dans une partie commentée par un fort joueur ou une base validée, ils servent de boussole : un ?? au coup 18 vous indique exactement où chercher la faute critique.

D’autres symboles évaluent les positions plus globalement : +/- pour l’avantage blanc, =/+ pour la nulle légèrement favorable aux Noirs, # pour mat (déjà vu). Ces évaluations apparaissent surtout dans les ouvrages techniques.

Pour aller plus loin

Une fois la notation acquise, le mieux est de noter vos propres parties. Les feuilles de partie en tournoi vous y obligent, mais l’habitude se prend dès les parties libres. Vous trouverez le détail des règles du jeu et le glossaire des termes techniques pour compléter la grammaire.